Le 4 septembre 2026, au MetLife Stadium, Macklemore ouvre pour Ed Sheeran devant des dizaines de milliers de spectateurs. Sur scène, il crie « Free Palestine » et dit sa solidarité avec les habitants de Gaza et de Cisjordanie occupée. Le lendemain, il joue son second et dernier concert de la tournée « The Loop » : Messina Touring Group, le promoteur, annonce que les salles prévues pour la suite des dates américaines n’accepteront pas un concert avec Macklemore à l’affiche, et qu’après discussion avec les parties concernées, il ne se produira plus sur le reste de la tournée.
L’accusation Kraft
C’est dans un long message publié sur Instagram que Macklemore raconte sa version des événements. Il y affirme que Robert Kraft, propriétaire des New England Patriots et du Gillette Stadium, a personnellement fait pression sur Ed Sheeran pour obtenir son retrait, allant jusqu’à le menacer de lui fermer les portes de son stade, et aurait mobilisé d’autres propriétaires de salles pour poser un ultimatum collectif à la tournée :
« Ed m’a aussi dit que Kraft avait rallié d’autres propriétaires de stades et que, collectivement, ils lui avaient posé un ultimatum : si Macklemore reste sur la tournée, vous ne serez pas autorisés à jouer dans nos salles. »
Ni Robert Kraft ni l’entourage d’Ed Sheeran n’ont, à ce jour, confirmé ou démenti publiquement ce récit.
Rolling Stone a pu nommer les salles concernées : outre Gillette Stadium (propriété de Kraft), AT&T Stadium à Arlington (Dallas Cowboys), Lincoln Financial Field à Philadelphie, Mercedes-Benz Stadium à Atlanta, Lucas Oil Stadium à Indianapolis, Bank of America Stadium à Charlotte et Raymond James Stadium à Tampa auraient toutes objecté à la présence de Macklemore. La page d’événement du concert du 24 octobre à AT&T Stadium ne mentionne plus Macklemore, alors que des versions archivées via la Wayback Machine montrent qu’il y figurait initialement.
Un engagement pro-israélien ancien et massif
Si l’épisode prend une telle ampleur, c’est aussi parce qu’il s’inscrit dans un passif bien documenté. Robert Kraft n’est pas un donateur occasionnel de causes israéliennes : il a reçu en 2019 le Genesis Prize, remis par Benjamin Netanyahou, et a choisi de reverser le million de dollars associé au lancement de « Speak Out for Israel », une campagne explicitement conçue pour contrer les efforts de délégitimation de l’État d’Israël et le mouvement BDS.
La même année, il fonde la Foundation to Combat Antisemitism, qu’il dote de 20 millions de dollars, avant de porter son engagement à 100 millions en décembre 2023 — abondés par une contribution équivalente de la fondation Rales, pour un total de 200 millions de dollars. C’est également par cette fondation qu’a été lancée la campagne « Stand Up to Jewish Hate », financée à hauteur de 25 millions de dollars par la famille Kraft. Kraft figure par ailleurs parmi les gros donateurs de l’AIPAC, le principal lobby pro-israélien à Washington, et sa fondation familiale a financé la construction du Kraft Family Stadium à Jérusalem via la Jerusalem Foundation.
Les réactions se multiplient
Dès le premier soir à MetLife, l’organisation StopAntisemitism avait qualifié les propos de Macklemore de « propagande anti-israélienne ». Fondée en 2018 par Liora Rez (de son nom de naissance Reznichenko) et financée notamment par la fondation du millionnaire de l’immobilier californien Adam Milstein, un important donateur pro-israélien, l’organisation revendique elle-même avoir contribué au licenciement d’environ 400 personnes ciblées par ses campagnes — parmi lesquelles, par le passé, Ms. Rachel, qui prend aujourd’hui la défense de Macklemore (voir plus bas). Une enquête du média américain The Intercept, publiée en décembre 2025, documente ces méthodes et rapporte qu’une professeure de musique poursuit actuellement l’organisation en justice pour diffamation.
La chanteuse Pink avait relayé la critique de StopAntisemitism sur Instagram, avant de préciser ne pas critiquer l’appel à libérer la Palestine en tant que tel, mais la façon dont Macklemore se serait ensuite adressé aux spectateurs juifs présents dans le stade en leur disant que son message ne les concernait pas. « Ce dont j’ai besoin, c’est de pouvoir dire, en tant que mère juive, que ça m’a fait peur, et que ça a fait peur à des gens que j’aime, sans qu’on me dise que notre peur n’est que de la propagande », a-t-elle écrit, évoquant aussi un costume porté par Macklemore en 2014 qu’elle avait jugé être une caricature antisémite. En décembre 2025, elle avait allumé des bougies de Hanoucca aux côtés de l’actrice israélienne Noa Tishby, ancienne envoyée spéciale du gouvernement israélien pour la lutte contre l’antisémitisme.
Le second soir, Macklemore a répondu directement à ces critiques sur scène : « Critiquer Israël, critiquer l’apartheid, être opposé à un génocide, ce n’est en aucun cas une critique de vous. Mon message est un message de paix, d’amour, pour que tous les êtres humains soient traités avec dignité, respect et égalité. »
L’éviction de Macklemore a aussi suscité des prises de position d’autres personnalités. Ms. Rachel, autrice-compositrice et créatrice de contenu éducatif pour la petite enfance, largement suivie sur les réseaux et engagée contre le génocide à Gaza, a publié le 14 septembre un message reprochant à Ed Sheeran d’avoir « cédé à ceux qui refusent d’accepter ce que le monde sait », estimant qu’il avait « l’occasion de montrer qu’on ne se laisse pas intimider pour punir des gens de soutenir la Palestine ».
Le même stade accueille Ye en novembre
Autre élément relevé par Chron : Macklemore ne jouera plus à AT&T Stadium, mais la salle accueillera bien Ye (anciennement Kanye West) le 7 novembre 2026, dans le cadre de sa tournée de retour sur scène. Le concert est officiellement annoncé par le stade lui-même.
Cette programmation intervient pourtant après de nombreuses polémiques concernant des propos antisémites et néonazis de Kanye West. Fin mai 2025, Ye a dit vouloir « en finir avec l’antisémitisme », puis a publié en janvier une pleine page d’excuses dans le Wall Street Journal pour ses propos antisémites, qu’il attribue à des troubles de santé mentale tout en affirmant qu’ils ne les excusaient pas.
Ce qu’on ne sait pas encore
Reste à savoir si Robert Kraft ou l’équipe d’Ed Sheeran répondront publiquement à l’accusation, et quel a été le contenu exact des échanges entre Messina Touring Group, les salles concernées et l’entourage de Sheeran avant la décision. Nous mettrons cet article à jour si de nouveaux éléments sont publiés.
Sources : Rolling Stone · Variety · The Hollywood Reporter · Genesis Prize Foundation · Forbes · CBS News Boston · Jewish Telegraphic Agency · TicketNews · Chron · Billboard — réaction de Pink · Variety — Pink s’explique · AT&T Stadium — annonce du concert de Ye · The Intercept — enquête StopAntisemitism · Wikipedia — StopAntisemitism · Times of Israel — Pink et l’antisémitisme · Jewish Insider — Noa Tishby
