Une femme, à l’hôpital, se demande à voix haute ce que l’armée israélienne cherchait à atteindre : « Que visaient-ils ? Quel est le but qu’ils poursuivent ? Est-ce qu’ils veulent qu’on quitte notre terre ? » Elle vient de perdre au moins trois proches. Lundi 14 septembre, une frappe israélienne a détruit un immeuble résidentiel de Kfar Rumman, petite ville du sud du Liban, alors que des enfants s’apprêtaient à partir pour l’école. Selon un bilan du ministère libanais de la Santé cité par Reuters, douze personnes — dont six enfants et trois femmes — sont mortes dans cet immeuble ; un treizième mort, un secouriste, a été tué séparément par une frappe de drone visant un véhicule civil. Al Jazeera, qui a recueilli des témoignages sur place, fait état d’une famille sur trois générations décimée dans l’immeuble, parmi laquelle un bébé de deux mois ; un premier bilan de la chaîne, avant révision, évoquait deux enfants parmi les victimes — l’écart illustre la difficulté à stabiliser un chiffre dans les heures qui suivent ce type de frappe.

L’armée israélienne a indiqué avoir visé, à Kfar Rumman, des « terroristes » observés en train de « transférer des armes », ainsi que plusieurs sites qu’elle attribue au Hezbollah, dont un dépôt d’armement, dans le cadre d’une série de frappes menées ce jour-là dans le sud du pays. Elle a affirmé prendre des mesures pour limiter les pertes civiles, au moyen de « munitions de précision et de surveillance aérienne », et a indiqué examiner les informations faisant état de victimes civiles. Plusieurs médias, dont Reuters, relèvent qu’aucun avertissement d’évacuation n’avait été émis avant la frappe sur l’immeuble.

Une escalade qui dure depuis plusieurs semaines

Cette journée s’inscrit dans une séquence continue de frappes qui a débuté début septembre. Le 6 septembre, l’armée israélienne a revendiqué la prise de contrôle de la crête d’Ali al-Taher, position dominant la ville de Nabatieh ainsi que les environs de Marjayoun et Khiam, avec vue jusqu’au plateau du Golan occupé. L’analyste Bassel Doueik a expliqué à Al Jazeera que cette occupation, si elle se confirme dans la durée, donnerait à Israël un levier supplémentaire dans les négociations à venir avec le Liban, en lui permettant de négocier depuis une position de contrôle territorial élargi. Le 12 septembre, l’armée israélienne a fait exploser environ 1 100 tonnes d’explosifs sur un complexe qu’elle présente comme un poste de commandement du Hezbollah sur cette même crête, avant de bombarder plusieurs localités du secteur — al-Mansouri, Douha, Arnoun — et de détruire au drone l’école publique d’al-Mansouri. La veille de la frappe de Kfar Rumman, l’hôpital Ghandour de Nabatieh a été entièrement détruit, selon des informations reprises par Common Dreams. Sur les deux semaines précédant le 14 septembre, Al Jazeera dénombrait déjà au moins 29 morts dans le sud du Liban.

Les pourparlers américains prévus à Rome pour discuter de la mise en œuvre de l’accord-cadre du 26 juin ont été reportés à octobre ; les ambassadeurs libanais et israélien doivent en attendant se rencontrer au département d’État américain. Le président libanais Joseph Aoun, en déplacement à Nabatieh après la destruction de l’hôpital, a déclaré qu’« il n’y aura pas de nouvelles négociations avec Israël pour le moment », rappelant que « le retrait, le retour des prisonniers et des déplacés, et la reconstruction sont des principes nationaux ». Il avait par ailleurs dénoncé un « schéma persistant de frappes qui dépasse les prétendues cibles militaires pour atteindre des administrations et des centres de santé purement civils ». De leur côté, le premier ministre Nawaf Salam avait qualifié, à la mi-août, une précédente vague de frappes sur Nabatieh — onze morts — de sujet d’« extrême gravité », exigeant d’Israël qu’il « cesse » son escalade. Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Israël Katz ont pour leur part réaffirmé que leurs forces resteraient dans le sud du Liban pour empêcher, selon eux, toute réimplantation du Hezbollah.

Un cessez-le-feu construit sur un désaccord de fond

Le cessez-le-feu censé mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah repose sur deux textes : un premier accord, signé le 4 juin, conditionnait la cessation des hostilités à un arrêt complet des tirs du Hezbollah et à l’évacuation de ses combattants ; un accord-cadre signé le 26 juin a ensuite lié le retrait israélien du territoire libanais occupé au désarmement du Hezbollah et au déploiement de l’armée libanaise le long de la frontière. Ce désarmement n’a pas eu lieu — le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, avait affirmé dès le 3 janvier que l’exiger « pendant qu’Israël commet une agression et que les États-Unis imposent leur volonté au Liban […] signifie que l’on ne travaille pas dans l’intérêt du Liban, mais dans celui de ce qu’Israël veut » — et le retrait israélien n’a, de son côté, pas eu lieu non plus : l’armée continue d’occuper une partie du territoire libanais, sur laquelle elle a mené, ces derniers jours, une partie de son offensive. L’analyste David Wood résume le blocage auprès d’Al Jazeera : Israël n’entend pas se retirer tant que le Hezbollah ne s’est pas désarmé, tandis que le Liban rétorque qu’Israël n’a pas quitté les zones qu’il occupe directement.

Selon un décompte du ministère libanais de la Santé publié le 6 septembre et repris par Al Jazeera, les frappes israéliennes ont tué près de 9 000 personnes au Liban depuis octobre 2023 — 8 920 morts et plus de 30 595 blessés à cette date, un bilan qui continue de s’alourdir de semaine en semaine malgré le cessez-le-feu formellement en vigueur depuis juin.

Un contexte régional tendu, marqué par l’avancée des Houthis

Le même lundi, les rebelles houthistes du Yémen, soutenus par l’Iran, ont annoncé s’être emparés des îles Grande-Hanish et Petite-Hanish, en mer Rouge méridionale, renforçant leur emprise sur le détroit de Bab-el-Mandeb, point de passage maritime stratégique reliant l’océan Indien à la Méditerranée et alternative au détroit d’Ormuz. Selon Euronews et l’agence Associated Press, les forces progouvernementales, soutenues par l’Arabie saoudite, se sont retirées de l’archipel sans opposer de résistance significative — un responsable gouvernemental a qualifié l’épisode de « douloureux et regrettable », tout en assurant que ses forces se réorganisaient en vue d’un retour au combat. Cette avancée s’inscrit dans la reprise, depuis juillet, de la guerre civile yéménite après l’effondrement d’une trêve sous égide de l’ONU, et dans un contexte régional plus large de confrontation entre les États-Unis et l’Iran, avec un détroit d’Ormuz sous blocus croisé. Les Houthis, qui appartiennent à « l’axe de la résistance » soutenu par Téhéran aux côtés du Hezbollah et du Hamas, multiplient depuis plus d’un mois les attaques contre les infrastructures pétrolières et les navires saoudiens en mer Rouge. Selon Euronews, cette reprise des combats a fait environ 150 morts civils depuis le 3 septembre et déplacé plus de 80 000 personnes en deux semaines.


Sources : Reuters, via Cyprus Mail — « Israeli strikes on southern Lebanese town kill 13 as fears of escalation mount » · RTÉ — « Israeli strikes on Lebanon kills 13, including 6 children » · Common Dreams — « ‘There Is No Ceasefire’: Israel Kills 12 More in Lebanon, Including Children » · Al Jazeera — « Claimed Israeli capture of Lebanese ridge reshapes negotiation dynamics » · Al Jazeera — « Israel-Lebanon talks postponed as explosions rock southern Lebanon » · Al Jazeera — « Nearly 9,000 killed in Israeli attacks on Lebanon since 2023 » · Al Jazeera — « Why has Israel escalated attacks in southern Lebanon despite ceasefire? » · PBS News — « Houthis seize 2 strategic Red Sea islands, and other Mideast developments » · Euronews — « Houthis capture more Yemeni Red Sea islands, tightening grip on Bab el-Mandeb »