Plus de 100 colons extrémistes juifs ont affronté dans la nuit de lundi à mardi l’armée israélienne et la police des frontières près du village palestinien de Jalud, en Cisjordanie, dans une tentative réussie d’empêcher le retour coordonné de la famille Tubasi dans sa maison. Les émeutiers ont bloqué des routes, incendié des pneus, jeté des pierres sur les forces de sécurité et mis le feu à des structures, véhicules et biens appartenant à des Palestiniens, selon l’armée israélienne. Trois policiers des frontières ont été légèrement blessés et un véhicule des forces de sécurité endommagé. Selon le Times of Israel, la maison de la famille Tubasi a été entièrement détruite par le feu, la rendant inhabitable, et le véhicule dans lequel la famille était arrivée a lui aussi été incendié.
Une décision de justice restée lettre morte
Le retour de la famille faisait suite à une décision de la Haute Cour de justice israélienne, rendue le 6 septembre, qui ordonnait aux autorités d’organiser sous 14 jours le retour de trois familles palestiniennes petitionnaires dans leurs maisons du village de Jalud, et exigeait que l’armée israélienne et la police les protègent pendant l’opération et leur permettent d’apporter le matériel nécessaire à la réparation des habitations et au rétablissement de l’eau et de l’électricité. L’affaire concerne l’avant-poste non autorisé de Givat Hatzmabarim, établi le 19 avril près de Jalud : selon la chronologie retracée par la cour, plus de quatre mois de violences croissantes — menaces, dégradations, coupures de canalisations d’eau, barrages routiers — avaient conduit les familles à évacuer leurs maisons le 22 juillet, à l’issue de ce que les juges ont qualifié de « siège de facto prolongé ». Des intrus avaient ensuite occupé les trois habitations ; l’armée avait mené des opérations d’évacuation fin juillet et en août, mais les intrus étaient revenus le jour même d’un retrait militaire, le 24 août.
Les juges ont estimé que les mesures d’application de la loi décrites par l’État avaient échoué à produire un résultat concret, malgré des éléments d’identification, des données sur les véhicules et « des preuves photographiques abondantes » en possession des autorités, concluant que « le tableau qui se dégage est très sombre ». Le délai de 14 jours fixé par la cour expirait le 20 septembre ; un premier retour programmé le 24 septembre a été annulé au dernier moment, avant la tentative du 29 septembre. L’avocat de la famille, Ghiath Nasser, a déposé le jour même une requête d’urgence pour outrage à la cour, demandant l’exécution immédiate de la décision et une astreinte de 50 000 shekels par jour de retard supplémentaire. Il a accusé l’armée d’avoir « cédé à la violence des colons », estimant qu’elle porte la responsabilité des incendies survenus après avoir laissé les maisons sans protection. Une réponse sous serment de l’État est attendue le 8 octobre.
Une opération de sécurité qui échoue sur le terrain
Selon les éléments recueillis par le Times of Israel auprès de sources policières, l’armée israélienne n’avait pas coordonné l’opération au préalable avec la police et le Shin Bet, et seuls 12 policiers des frontières étaient disponibles en renfort — des responsables de haut rang ayant qualifié cette absence de préparation d’échec opérationnel significatif, l’armée israélienne ayant « agi de sa propre initiative avec une force réduite ». Les émeutiers avaient été convoqués sur place via des alertes diffusées dans plusieurs groupes WhatsApp de colons extrémistes appelant à se précipiter vers Jalud pour empêcher l’escorte des familles expulsées jusqu’à leurs maisons. Mahmoud Tubasi a raconté avoir découvert d’importantes destructions à son arrivée ; les colons ont d’abord empêché l’accès à la maison avant d’y revenir mettre le feu, la rendant inhabitable. Face à l’ampleur des violences, les forces de sécurité ont dû évacuer les membres de la famille dans un véhicule blindé sous une pluie de pierres. Deux suspects ont été interpellés sur place et transférés à la police du district de Judée-Samarie pour interrogatoire ; des enquêteurs de la police scientifique devaient se rendre ultérieurement sur les lieux, sous protection de l’armée, pour recueillir preuves et témoignages.
Un cas d’école du « projet d’effacement » documenté par B’Tselem
L’enchaînement des faits à Jalud correspond, presque point par point, au mécanisme que l’ONG israélienne B’Tselem décrivait deux semaines plus tôt dans son rapport le plus dense depuis sa fondation, The Elimination Project : un avant-poste non autorisé s’installe à proximité d’un village ; ses occupants mènent une campagne de harcèlement — menaces, coupures d’eau, barrages routiers — jusqu’à provoquer le départ des habitants, que la Haute Cour elle-même a qualifié de « siège de facto prolongé » ; une fois les familles parties, des intrus prennent possession des maisons ; et lorsque la justice ordonne malgré tout leur retour, une mobilisation de colons, relayée par des groupes WhatsApp, empêche l’exécution de la décision par la force, l’incendie et l’intimidation. B’Tselem écrit précisément, à propos de cette violence, qu’elle « est parfois menée aux côtés de soldats, avec le soutien des forces de sécurité, à l’aide d’armes, d’équipements et d’infrastructures fournis par l’État, et en toute impunité ou presque » — un constat que recoupe, à Jalud, l’aveu même de responsables militaires sur l’absence de coordination préalable et la faiblesse du dispositif engagé pour protéger le retour qu’ils avaient eux-mêmes organisé.
Le résultat correspond à ce que B’Tselem qualifie de nettoyage ethnique couplé à la mainmise territoriale : une famille délogée deux fois — en juillet, puis de nouveau le 29 septembre —, une maison rendue inhabitable par le feu, et un avant-poste qui, lui, demeure sur place. Jalud illustre ainsi, à l’échelle d’un seul village, le « projet visant à effacer la présence collective des Palestiniens » que B’Tselem décrit à l’échelle de toute la Cisjordanie.
Herzog dénonce une « tache morale », Sa’ar promet des poursuites
L’armée israélienne a publié un communiqué condamnant « fermement toute atteinte au personnel de sécurité dans l’exercice de ses fonctions, ainsi que les actes de vandalisme et les dégradations de biens », ajoutant que « de tels incidents détournent l’attention, sapent la stabilité et entravent les activités défensives et antiterroristes des forces de sécurité ». Le président israélien Isaac Herzog a qualifié les violences de « tache morale », les jugeant « profondément contraires aux valeurs du judaïsme », tandis que le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar a qualifié l’émeute de « grave et abjecte », affirmant que ses auteurs « sont des criminels qui doivent être traités avec toute la rigueur de la loi ». Le chef du commandement central de l’armée israélienne, le général de division Avi Bluth, devait mener une enquête sur les événements de la nuit, avec une attention particulière portée à la brigade régionale de Binyamin, où les autorités militaires ont constaté une nette hausse des incidents de « criminalité nationaliste » au cours de la semaine précédente.
Une nuit de violences dans plusieurs localités de Cisjordanie
Les attaques de Jalud se sont doublées, la même nuit, d’incidents similaires ailleurs en Cisjordanie. À al-Mughayyir, des colons masqués ont brisé les vitres de véhicules et de maisons pendant qu’un raid militaire distinct se déroulait dans le village ; des Palestiniens ont accusé des colons d’avoir attaqué la maison de Musa Abu Aliya et incendié celle du prisonnier Fikri Musa Abu Aliya ainsi que plusieurs véhicules. Dans le secteur de Binyamin, des véhicules ont été incendiés et des graffitis en hébreu peints dans le village d’Attara. Quelques jours plus tôt déjà, dans la nuit du 23 au 24 septembre, deux véhicules y avaient été incendiés et un mur tagué du slogan « נקמה לייטר » (« Vengeance Leiter »), selon le Haaretz et Ynet en hébreu — une référence à deux attaques survenues juste avant : le meurtre de Netanel Shukrun, colon d’Alei Zahav, tué par balle près d’une source d’eau le 20 septembre, et l’attaque à la voiture-bélier du 23 septembre contre le checkpoint de Maccabim, sur la route 443, qui avait grièvement blessé Neria Leiter, réserviste de l’armée israélienne et fils de l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter. À Abu Falah, 14 colons se seraient introduits dans la cour d’une maison palestinienne et auraient brisé les vitres d’un véhicule. Une Palestinienne a par ailleurs rapporté avoir été prise pour cible par un jet de pierre alors qu’elle était bloquée dans un embouteillage au carrefour de Rimonim, selon des images qu’elle a diffusées sur les réseaux sociaux. Ces incidents s’ajoutent à une série d’attaques recensées le week-end précédent, notamment à Deir Abu Mash’al et près de la communauté de Naif al-Ka’abneh, où des Palestiniens ont accusé des colons d’avoir dérobé 3 000 shekels lors d’une intrusion.
Un dispositif militaire renforcé face à une situation jugée « hautement volatile »
Dans un contexte de tensions croissantes, l’armée israélienne a porté sa division de Judée-Samarie à environ 25 bataillons et déployé un état-major divisionnaire supplémentaire, alors que des dizaines de milliers de randonneurs israéliens affluaient dans la région le lundi. Une source militaire du commandement central a indiqué que « les troupes de l’armée israélienne, la police des frontières et la police israélienne ont renforcé les routes, les zones de randonnée, les points de friction connus et les localités », précisant que « plusieurs évaluations de situation ont été menées tout au long de la journée ». Un responsable militaire a néanmoins averti, cité par le site israélien Walla, qu’« il ne manque qu’un incident de friction entre Palestiniens et Israéliens qui dégénère, soit filmé et embrase la région ».
Netanyahou minimisait la violence des colons cinq jours plus tôt
Devant l’Assemblée générale de l’ONU, le 24 septembre, Benyamin Netanyahou avait balayé la question de la violence des colons en la réduisant à « une poignée de jeunes délinquants juvéniles, environ 150 au total, qui jettent des pierres, qui coupent des oliviers » et « allument parfois des feux » : « Je ne peux pas supporter ça. Je ne tolérerai pas les milices privées. Nous sommes un pays de droit », avait-il déclaré, sous les huées de dizaines de délégations ayant quitté la salle pendant son discours — où il avait par ailleurs dénoncé la « lâcheté » du Royaume-Uni, de la France et du Canada, qui venaient d’annoncer des sanctions visant les colonies de Cisjordanie, et rejeté l’accusation de génocide à Gaza portée par le maire de New York Zohran Mamdani.
Le chiffre de 150 avancé par le premier ministre est difficile à concilier avec la seule nuit du 29 septembre à Jalud, où l’armée israélienne elle-même a dénombré plus de 100 émeutiers, ou avec le bilan des Nations unies, qui recensait déjà plus de 1 330 attaques de colons entre janvier et juillet 2026 — soit une moyenne de six par jour, le rythme le plus soutenu depuis environ vingt ans.
Sources : The Jerusalem Post — « Over 100 Jewish extremist settlers riot near West Bank town, clash with Israeli forces » · The Jerusalem Post — « Court orders return for Jalud Palestinian families home after extremist settlers drove them out » · The Times of Israel — « Over 100 settlers attack West Bank village, block Palestinian family’s return home » · Al Jazeera — « Israeli settlers attack Jalud village in occupied West Bank, torch homes » · UN News — « UN warns West Bank settler violence hits ‘all-time high’ as calls grow to end occupation » · Haaretz (hébreu) — « כלי רכב הוצתו בכפר עטארה בגדה, ורוססה כתובת הקוראת לנקמה על הפיגוע בערב יום כיפור » · Ynet (hébreu) — « הפלסטינים: מתנחלים שרפו 2 רכבים באזור רמאללה וריססו גרפיטי - “נקמה לייטר” » · The Times of Israel — « Son of Israel’s US envoy, a soldier, seriously hurt in car-ramming attack in West Bank » · The Times of Israel — « Victim of terror shooting named as Netanel Shukrun, father of six from Alei Zahav settlement » · Reuters — « At UN, Netanyahu defends Israel as delegates walk out »
